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L'île aux Fleurs (BR)


Extraits
de Dança de guerra

Maître Pastinha parle
de la vie de capoeiriste

Reportage fr
capoeira à Bahia 1963


Maître Bimba
hymne de la capoeira
régionale


Carinhoso


Hommage à Candeia

Présentation de la collection A Iúna

« Tout le monde peut faire de la capoeira : les hommes, les femmes et les enfants. Les petits qui marchent à quatre pattes en font déjà. »
(Maître João Pequeno)

À travers la collection A Iúna, nous nous proposons de mettre à disposition du public francophone intéressé par l'art de la capoeira des ouvrages et DVD de qualité portant sur la pratique sportive mais aussi et surtout sur son histoire et sur la philosophie qui la sous-tend.

Comme tout art, la capoeira exige un apprentissage qui s’opère traditionnellement de maître à élève. L’objectif des maîtres de capoeira est de former leurs élèvent à jouer la capoeira. Parmi ces derniers, certains seront amenés à l’enseigner à leur tour, d’abord sous la supervision du maître, puis seul. Ce mode de transmission du savoir implique un caractère profondément évolutif à une discipline qui laisse énormément de place à l’expression individuelle. Ainsi, chaque nouveau professeur devra s’être approprié l’enseignement du maître pour rendre sa propre interprétation tant pour le jeux qu’au moment de transmettre son savoir. Il y aura finalement autant de capoeira qu’il y aura de capoeiristes.

La capoeira ne peut donc pas être regardée comme un savoir figé, la manifestation d’une culture passée et morte. Bien au contraire, fille de la culture afro-brésilienne, elle nourrit ses pratiquants tout autant qu’elle se nourrit d’eux. Cela implique qu’elle ne peut se prémunir de mutations (« la continuité oblige au changement » pour paraphraser Muniz Sodré qui parle de l’enseignement de Bimba, Maître Bimba, le capoeiriste au corps magique), parfois profondes, telles qu’elle en a connues au cours de son histoire, et qu’elle évolue naturellement en fonction du contexte culturel dans laquelle elle s’enracine. Nous pensons ici en particulier au tour du monde qu’elle a concrètement entamé et qui fait qu’on joue la capoeira tant en Europe, au Japon, aux États-Unis… qu’au Brésil. Il est clair que sortie de son berceau, cette nouvelle configuration culturelle dans laquelle se développe la capoeira ne pourra qu’avoir une profonde influence sur son devenir.

Faut-il s’en réjouir ou le regretter ? Toute l’histoire de la capoeira est issue du métissage et du mélange culturel. En tout premier lieu, sa matrice, la culture afro-brésilienne, est issue d’un mélange des peuples africains par les esclavagistes pour briser les liens sociaux du pays natal. Plus tard, des Français, Allemands, Italiens et toute sorte de gens non noires se mêleront aux capoeiristes sur les docks de Bahia, apportant de nouveaux éléments culturels exogènes. Un métissage social et ethnique s’opèrera également lorsque Bimba fera entrer la capoeira dans les classes moyennes et aisées de la société brésilienne. Il est aussi intéressant de constater la grande ambiguïté qu’entretient la capoeira dans le domaine politique au cours de l’histoire du Brésil alors qu’elle n’acquiert réellement son statut d’arme de résistance culturelle afro, parallèlement au candomblé, qu’à partir du XXe siècle avec le Cycle des Vieux Maîtres Bahianais. Il semble donc au contraire que l’évolution récente de la capoeira, qui se répend à travers le monde, reste dans la continuité logique de son histoire, d’autant plus dans un contexte de mondialisation croissante des cultures.

Néanmoins, cela ne peut en aucun cas signifier qu’il est permis de faire tout et n’importe quoi sous peine de voir la capoeira se diluer dans le marasme culturel uniforme que la société de consommation tend à imposer à l’ensemble des peuples (on pourra noter qu’elle a déjà été largement récupérée et qu’il semble donc que certains capoeiristes aient déjà emprunté cette voie, sans toutefois que cela constitue un risque pour la discipline elle-même pour autant que d’autres capoeiristes sachent la préserver). Si la capoeira a su exister jusqu’à aujourd’hui c’est précisément parce que ses dépositaires ont su la faire évoluer tout en la préservant.

Mais comment préserver ce que l’on ne connaît pas ? Si Bimba a pu créer et faire vivre sa capoeira régionale, c’est à notre sens, précisément parce qu’il connaissait parfaitement le contexte culturel et historique de la capoeira de son temps. Il fut ainsi le premier à ouvrir son académie et à montrer la possibilité d’une professionnalisation de la capoeira, ainsi qu’à y intégrer des couches sociales traditionnellement hostiles à ce sport afro. De-là, la capoeira fut un levier puissant pour la reconnaissance du Noir au Brésil et un moyen de rallier une partie de la classe blanche à sa cause.

Faire vivre la capoeira implique donc de la faire évoluer dans le respect de son histoire et de ses valeurs. C’est du moins dans cet esprit que nous présentons au lecteur la collection A Iúna. Connaître l'histoire de notre art, ses chants, ses héros, maîtriser les instruments qui forment la batterie représentent ainsi autant de pavés, parallèlement à la technique sportive elle-même, sur lesquels doit cheminer l'élève afin d'accéder à une maîtrise réelle de la capoeira. Le capoeiriste confirmé trouvera, quant à lui, matière à consolider son savoir.

Tomás Sanz

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